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Une journée du Roi Louis XIV avant 1661, d'après son valet de chambre, Marie du Bois.



" Sitôt qu'il s'éveillait, il récitait l'office du Saint-Esprit, et son chapelet. Cela fait, son précepteur [Hardouin de Beaumont de Péréfixe] entrait et le faisait étudier, c'est-à-dire dans la Sainte Écriture ou dans l'Histoire de France. Cela fait, il sortait du lit. Alors, nous entrions, les deux [valets] du jour seulement et l'huissier ordinaire. Sortant du lit, il se mettait sur sa chaise percée dans sa même chambre de l'alcôve où il couchait ; il y demeurait une demi-heure, plus ou moins. Après il entrait dans sa grande chambre, où d'ordinaire il y avait des princes et des grands seigneurs qui l'attendaient pour être à son lever. Il était en robe de chambre, et allait droit à eux, leur parlait si familièrement, les uns après les autres, qu'il les ravissait. Après il se mettait dans sa chaise et se lavait les mains, la bouche et le visage. Après s'être essuyé il détachait son bonnet, qui était lié autour de sa tête à cause de ses cheveux qui étaient dessous. Il priait Dieu dans sa ruelle de lit, avec ses aumôniers, tout le monde à genoux, et nul n'eût osé d'être debout, ni de causer, ni de faire aucun bruit : l'huissier de la chambre les eût mis dehors.

La prière du roi finie, il se mettait dans sa chaise. On le peignait et lui donnait un petit habit, les chausses de petite sergette et la camisole de Hollande. Et il passait dans un grand cabinet, qui est derrière son antichambre, où il faisait ses exercices : il voltigeait, mais d'une légèreté admirable, et faisait mettre son cheval au plus haut point et allait là-dessus comme un oiseau et ne faisait pas plus de bruit, tombant sur la selle, que si l'on y eut posé un oreiller ; après, il faisait des armes et de la pique. Et il repassait dans sa chambre de l'alcôve, où il dansait, et rentrait dans sa grande chambre, où il changeait d'habits et déjeunait.
Après, il sortait de sa chambre, faisant toujours chaque jour le signe de la croix. Il montait chez M. le cardinal de Mazarin, qui était son premier ministre d'État et qui logeait au-dessus de sa chambre ; et il se mettait en particulier, où il faisait chaque jour entrer un secrétaire d'État, qui faisait ses rapports, sur lesquels - et d'autres affaires plus secrètes - le roi s'instruisait de ses affaires d'État, le temps d'une heure ou une heure et demie. […] Si l'après-dîner, il avait quelques audiences d'ambassadeurs, il leur donnait audience si attentivement qu'il ne se pouvait pas d'avantage. Et leurs discours finis, il les entretenait, un petit quart d'heure, fort familièrement, de choses qui regardaient l'affection de leurs maîtres ou de leurs pays, des alliances et des amitiés qu'il y avait eues de longtemps, des maisons et des royaumes […]

Sur la fin de l'après dîner, le roi va aux Cours [une promenade au bord de la Seine], où il se fait voir et parle en passant aux honnêtes gens de condition, soit aux hommes, soit aux femmes. Le Cours fini, il entre au Conseil, s'il est jour pour cela. Souvent il y a comédie de pièce sérieuse. La comédie finie, où tout ce qu'il y a de beau paraît et qui reçoivent tous quelques civilités du roi, Leurs Majestés s'en vont souper. A l'issue duquel le roi danse ; les petits violons s'y trouvent ; les filles de la reine et quelques autres s'y trouvent aussi. Cela fait, on joue aux petits jeux, comme aux romans ; l'on s'assied en rond ; l'un commence un sujet de roman et suit jusqu'à ce qu'il soit dans quelque embarras ; cela étant, celui qui est proche prend la parole et suit de même ; ainsi, de l'un à l'autre, les aventures s'en trouvent, où il y en a quelquefois de bien plaisantes.