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Un bourgeois, vers 1840



Orphelin, Jérôme Paturot est élevé par son oncle, un marchand bonnetier qui l'envoie au collège et qui veut en faire son successeur. Nourri de grec et de latin, le jeune Jérôme méprise le commerce ; son oncle entreprend de lui montrer comment le commerce peut permettre de grandes choses : Jérôme, me disait mon digne parent, tu as de l'ambition, rien de mieux, mais tu te moques du commerce, sous prétexte qu'on y vend des bonnets de coton et des chaussettes. Eh ! Mon ami, c'est le chemin des Honneurs aujourd'hui. Qu'est-ce que tu vois à la tête des affaires et au premier rang ? Des marchands de drap et des marchands de chandelles. Prends tous les noms qui comptent dans le gouvernement, parmi les députés ; Tu y verras une foule d'hommes qui ont commencé par la jarre d'huile et le pain de sucre. Cherche bien, tu y trouveras des bonnetiers. Moi, je me retire. Le temps de te mettre au fait ; puis je vais planter mes navets à Meudon. Alors, tu entres en exercice.

Un bel avenir

Dès le lendemain, tu es électeur * ; tu payes 310 F de fonciers pour la maison qui t'appartient.
Tu peux prétendre à tout : tu nommes les députés, tu concours aux élections municipales et départementales, tu es garde national et membre du jury. Ta voix acquiert de l'importance ; tu te lances, tu deviens meneur, tu travailles ton quartier, tu te fais nommer capitaine de ta compagnie. Bien, c'est un premier pas. On t'invite au château, et tu y jouis de la conversation du roi des Français. Ce n'est rien ; on va renouveler le conseil municipal : avec de la souplesse et du temps, Paturot, tu peux être maire, ceindre l'écharpe, présider aux mariages et aux naissances de ta localité. De maire à député, il n'y a que la main, et de député à ministre que la parole.

D'après L Reybaud Jérôme Paturot

*Sous Louis Philippe pour être électeur il faut payer au moins 200 F d'impôt ; pour être élu, 500 F A cette époque un ouvrier gagne 2 F par jour.