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La vie des paysans au XVIIIè siècle (Auvergne)


 « Le troupeau de la bergerie habillait de sa laine tantôt les femmes et tantôt les enfants : mes tantes la filaient ; elles filaient aussi le chanvre du champ qui nous donnait le linge ; et les soirées à la lueur d’une lampe qu’alimentait l’huile de nos noyers – la jeunesse du village venait teiller avec nous ce beau chanvre – formaient un tableau ravissant.

La récolte des grains de la petite métairie assurait notre subsistance ; la cire et le miel des abeilles, que l’une de mes tantes cultivait avec soin, étaient un revenu qui coûtait peu de frais ; l’huile, exprimée de nos noix encore fraîches, avait une saveur, une odeur que nous préférions au goût et au parfum de celle de l’olive.

Nos galettes de sarrasin, humectées, toutes brûlantes de ce bon beurre du Mont-Dore, étaient pour nous le plus friand régal. Je ne sais pas quel mets nous eût paru meilleur que nos raves et nos châtaignes ; et en hiver, lorsque ces belles raves grillaient le soir à l’entour du foyer, ou que nous entendions bouillonner l’eau du vase où cuisaient ces châtaignes si savoureuses et si douces, le cœur nous palpitait de joie. »

Jean-François, Marmontel (1723-1799), Mémoires d’un père pour servir à l’instruction de ses enfants