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La veille d’Austerlitz


 « 1er décembre 1805. Le soir, à la clarté des feux des bivouacs, il nous fut donné lecture de la proclamation de l’Empereur qui nous annonçait une grande bataille pour le lendemain, 2 décembre. Peu de temps après l’Empereur vint à notre bivouac, pour nous voir ou pour lire une lettre qu’on venait de lui remettre. Un chasseur prit une poignée de paille et l’alluma pour faciliter la lecture de cette lettre. De ce bivouac l’Empereur fut à un autre. On le suivit avec des torches allumées pour éclairer sa marche. Sa visite se prolongeant et s’étendant, le nombre de torches s’augmenta ; on le suivit en criant : « Vive l’Empereur ».

Ces cris d’amour et d’enthousiasme se propagèrent dans toutes les directions, comme un feu électrique ; tous les soldats, sous-officiers et officiers se munirent de flambeaux improvisés, en sorte qu’en moins d’un quart d’heure, toute la Garde, les grenadiers réunis, le 5è corps qui était à notre gauche et en avant de nous, le 4è à droite, ainsi que le 3è plus loin et en avant, enfin le 1er qui était à une demi-lieue en arrière, en firent autant. Ce fut un embrasement général, un mouvement d’enthousiasme si soudain que l’Empereur dut en être ébloui. »

J. B. Barrès, 1835. Edition originale.