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La nourriture

L'auteur, un paysan du Bourbonnais, né en 1823, décrit ce qu'on mangeait dans sa jeunesse (vers 1830), puis la révolution qui s'est faite vers 1860:

Vers 1830
Nous mangions du pain de seigle moulu brut, du pain couleur de suie et graveleux comme s'il eût contenu une bonne dose de gros sable de rivière.
L a soupe était notre pitance principale:soupe à l'oignon le matin et le soir,et, dans le jour, soupe aux pommes de terre, aux haricots ou à la citrouille, avec gros comme rien de beurre. Le lard était réservé pour l'été et les jours de fête. Avec cela, des pommes de terre sous la cendre et des haricots cuits à l'eau, à peine blanchis d'un peu de lait. Ah!les bonnes choses n'abondaient guère!
Vers 1860
En raison du perfectionnement des petits moulins du pays, il était devenu possible de faire séparer le son d'avec la farine. Beaucoup commençaient à user de cette amélioration; il y en avait même qui, remplaçant le seigle par le froment, mangeaient du vrai pain de bourgeois. Un jour, en rapportant la provision, le meunier s'excusa d'avoir retiré le son ainsi qu'il faisait à présent pour presque tout le monde. A partir de ce moment, nous eûmes toujours du bon pain, d'autant meilleur que je baissais progressivement la proportion de seigle, jusqu'à arriver à le supprimer tout à fait quand la moyenne de nos récoltes de blé eut augmenté, du fait de l'adoption de la chaux. Ce fut un beau jour vraiment que celui ou je vis trôner sur la table la miche appétissante, le pain de tout le monde.

D’après E. Guillaumin, La vie d’un simple