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                   Karl Gorzel la Somme 1-10-1916.

L'attaque anglaise a commencé [le 12 septembre]... A l'aube, j'ai jeté un coup d'œil à la ronde . Quel spectacle effarant ! Plus trace de tranchée ; rien que des trous d'obus, aussi loin que porte le regard - des trous comblés à leur tour par de nouvelles explosions, réexplosés puis recomblés... Les blessés allongés gémissent, impuissants. La réserve d'eau s'épuise... Le feu augmente pour atteindre une intensité tellement ahurissante qu'on ne distingue plus une détonation de la suivante. Nos bouches et nos oreilles sont emplies de terre. Trois fois enterrés et trois fois déterrés, nous attendons. Nous attendons la nuit, ou l'ennemi ! Et la danse macabre des obus qui explosent devient encore plus folle - on ne voit rien, sauf de la fumée, du feu, des jaillissements de terre...
Soudain, le barrage se lève... et là, juste devant, nous distinguons la première vague de l'ennemi , .... Enfin la délivrance! Tous ceux qui ne sont pas blessés, qui sont encore capables de lever un bras, se lèvent et nos bombes, comme une averse de grêlons, pleuvent sur l'ennemi qui nous attaque. La première vague gît face contre terre devant nos trous, mais déjà la deuxième est sur nous. Derrière, d'autres Anglais arrivent en rangs serrés. Tous ceux qui parviennent jusqu'à nos lignes sont éliminés au terme d'un combat singulier à la baïonnette. Mais nos bombes volent avec une puissance redoublée vers les rangs ennemis. Elles y accomplissent leur œuvre terrible et les colonnes anglaises qui nous attaquent tombent comme les épis de maïs mûrs sous la faux. Quelques-uns, rares, s'échappent et fuient à toutes jambes par les boyaux. Nous tombons, hébétés, sur la terre torturée et soignons les blessés du mieux que nous le pouvons, en attendant la seconde attaque, ou la nuit... J'allume une cigarette et m'efforce de penser - de penser à nos morts et à nos blessés, aux souffrances de l'humanité ;de projeter mes pensées vers chez moi. Mais foin de ces pensées ! Le présent revendique ses droits - il exige un homme, non un rêveur... Les renforts arrivent, tout est nettoyé, les morts sont enterrés et une nouvelle journée commence, plus horrible encore que la précédente. Telle est la bataille de la Somme - combat sanglant de l'Allemagne pour la victoire. Cette semaine, nous avons atteint les limites ultimes de l' endurance humaine - ce fut l'enfer !