Hiroshima
 " Soudain un éclair aveuglant me fit sursauter, puis un second [...]. Nous restâmes figés sur place, jusqu'au moment où la maison devant nous se mit à osciller et s'écroula presque à nos pieds. Aussitôt notre propre maison se mit à vaciller et, quelques secondes plus tard, elle s'écroulait à son tour dans un nuage de poussière […]. Je vis défiler devant moi des ombres humaines, semblables à une procession de fantômes. Certaines d'entre elles paraissaient en proie à une douleur indicible et avançaient, les bras écartés du corps, les avants-bras ballants. Ces silhouettes m'intriguèrent, jusqu'au moment où je compris qu'elles appartenaient à des gens atrocement brûlés qui voulaient éviter la friction douloureuse de leurs membres contre leurs flancs mis à vif…
Des incendies jaillissaient de tous côtés, tandis qu'un vent d'ouragan attisait les flammes et les propageait d'un bâtiment à l'autre. Bientôt nous fûmes cernés par le feu […]. Les rues silencieuses n'étaient peuplées que de cadavres […]. Hiroshima n'était plus une ville, mais un désert de feu. A l'est et à l'ouest, tout était nivelé. "

Mishihiko Hashiya, Journal d'Hiroshima.