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                              L'affaire Dreyfus (1894-1906)

Voici comment Maurice Barrés, un écrivain violemment hostile aux juifs, décrit la scène de la dégradation du capitaine Dreyfus.

Le petit peloton se détacha d'un angle de l'immense carré. Quatre hommes ; au milieu, le traître tout raide ; sur un côté, l'exécuteur, véritable géant. Les quatre artilleurs reculèrent, le greffier parla, la silhouette rigide ne broncha point, sinon pour se lever un bras et jeter un cri d'innocence, tandis que l'adjudant de la Garde, terrible par sa taille et magnifique de tenue, le dépouillait si vite et si lentement de ses boutons, de ses galons, de ses épaulettes, de ses bandes rouges. Le plus terrible fut quand, sur le genou, il brisa le sabre. Quand Dreyfus s'avança vers nous, le képi enfoncé sur le front, le lorgnon sur son nez ethnique, l'œil furieux et sec, toute la face dure et qui bravait, il s'écria, que dis-je ? Il ordonna d'une voix insupportable : " Vous direz à la France entière que je suis innocent. ".
 " Judas ! Traître ! " Ce fut une tempête. Ah ! Non, certes, il n'est pas au monde un groupe d'hommes qui puissent accepter cet individu. Il n'est point né pour vivre socialement. Seule, dans un bois décrié, une branche d'arbre se tend vers lui. Pour qu'il s'y pende.

Dreyfus est envoyé au bagne, en Guyane ; En 1898, l'écrivain Emile Zola prend la défense en publiant dans le journal l'Aurore une lettre ouverte au président de la république. Il accuse les militaires qui ont condamné Dreyfus, innocent selon lui. Après avoir prononcé différents noms, voilà comment Zola termine sa lettre :

Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pas pour moi que des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice. Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en Cour d'assises, et l'enquête ait lieu au grand jour. J'attends.

Dreyfus fut gracié en 1899, mais ce n'est qu'en 1906 qu'il put rependre sa place dans l'armée, avec le grade de commandant. Innocent, il avait été d'abord condamné parce qu'il était juif.