Les Bourgeois de Calais
« … Edouard les regarda d’un air très irrité, et quand il parla, il commanda qu’on leur coupât la tête sur-le-champ. Tous les barons et les chevaliers qui étaient là suppliaient le roi d’avoir pitié de ces gens, mais il ne voulait rien entendre.
Alors, la noble reine d’Angleterre se jeta à genoux devant le roi, son Seigneur, et lui dit :
- Ah ! gentil sire, je vous prie et requiers à titre de faveur personnelle que vous veuillez de ces six hommes avoir merci.
Le roi attendit un peu avant de répondre, et regarda la bonne dame sa femme, qui pleurait à genoux devant lui, très tendrement. Cette vue lui amollit le cœur ; il lui dit :
- Ah ! dame. Vous me priez si instamment que je n’ose vous refuser ; et, bien que je le fasse à contrecoeur, tenez, je vous les donne ; faites-en à votre plaisir.
Alors la reine se releva, et fit relever les six bourgeois, et leur fit servir à dîner tout à leur aise ; puis elle les fit reconduire hors du camp en sûreté. »
Froissart, Chroniques.